A la campagne, dans mon enfance, on les appelait galopins (au sens de celui qui ne tient pas en place) avec ce léger mépris du sédentaire pour le nomade. Le mot correct (et devenu obsolète) "bohémien" paraissait un peu affecté. Chaque famille vivait encore dans une roulotte et elles étaient rarement plus d'une demi-douzaine à voyager ensemble. Ils s'arrêtaient au coin d'un bois et y campaient pendant deux ou trois jours. Les femmes allaient vendre leurs paniers dans les fermes alentour et les hommes rétamaient les casseroles. Ils n'étaient pas trop mal reçus même si les paysans se méfiaient, ne laissaient pas traîner leur porte-monnaie et savaient bien qu'ils leur volaient quelques poules et des oeufs. Les vêtements colorés des femmes tranchait sur le noir de ceux des fermières. On leur prêtait la coutume de manger des hérissons et on en menaçait parfois les enfants même si personne ne croyait plus qu'ils les enlevaient comme dans les romans populaires du XIXème siècle. Leurs enfants pouvaient aller quelques mois par an dans des écoles à eux réservées mais passaient beaucoup plus de temps libres dans la nature. Je ne sache pas qu'ils aient beaucoup profité des services sociaux qui devaient leur sembler une atteinte à leur indépendance. La situation devait être différente dans les quartiers gitans des villes où ils étaient déjà sédentarisés et leur ancrage dans la société devait y être plus solide.

Que les temps ont changé ! Les galopins sont devenus des Roms et le rejet à leur égard est presque unanime : 77% des Français pensent comme Vals que leur place n'est pas en France (position qui fut aussi naguère celle de Hollande). Autrefois ils se déplaçaient dans un espace réduit, l'ouverture des frontières a amené des populations qui auront bien du mal à s'intégrer car l'obstacle de la langue s'ajoute aux difficultés rencontrées dans leurs pays d'origine qui les maintenaient en marge. L'urbanisation et leur concentration font le reste. Ils ne sont plus égaillés dans la campagne mais forment aux lisières des villes des camps où se posent de gros problèmes d'hygiène et de voisinage (même leurs défenseurs les plus acharnés le reconnaissent mais ils ne proposent aucune solution. Il est vrai qu'ils n'habitent pas avec les gueux). On ne vole plus des poules mais des portefeuilles, des cartes bleues ou des portables. Stropiats et mères avec enfant à la mamelle mendient, des réseaux de prostitution et d'enfants pickpockets sont organisés. Leur nombre et leur visibilité donne une impression d'invasion. Comme l'exaspération des indigènes croît on se demande si les Roms ne font pas un mauvais calcul : l'exil, des conditions de vie indignes, l'hostilité de leurs hôtes forcés, tout ça pour récolter quelques sous et profiter au passage de notre protection sociale. Quoi qu'en dise la Chef de la Firme qui en appelle avec des trémolos dans la voix au "pacte républicain" (pour elle ça signifie s'allier au parti dominant pour récolter sièges et prébendes) ils n'ont pas vocation à rester tous en France. Du reste ce serait à eux de signer éventuellement ce pacte, nous autres nés en France de parents français n'avons pas le choix de notre nationalité et on ne voit pas pourquoi on nous imposerait un pacte. La solution de bon sens est que l'Europe aide les Roms dans leurs pays pour favoriser le développement et l'intégration de cette communauté. Ils pourront plus tard s'ils en ont envie s'installer en France comme tout citoyen bulgare ou roumain. Le saupoudrage actuel ne sert à rien pour résoudre un problème qui - n'en déplaise aux belles âmes - n'est pas de l'ordre du fantasme.