Par ce beau dimanche de printemps, le bon peuple de Paris s'est répandu dans les rues pour fêter le premier anniversaire de l'avènement de Pépère qui, le pauvre, doit se garder à droite et à gauche comme Jean le bon. De quoi lui donner le tournis et mettre un comble à ses hésitations. Un beau soleil et ma curiosité m'ont poussé à suivre les deux manifs. En réalité ce verbe ne convient pas : celle de Mélenchon n'avait pas encore démarré et la Manif pour tous se contentait d'occuper un terrain assez modeste. N'ayant vu défiler aucun cortège je serais bien en peine de les évaluer, vous vous contenterez des chiffres de la Préfecture coefficientés à votre guise et de mes impressions de badaud.

Mélenchon, donc, à la Bastille "où tout a commencé" (je cite son discours). Forêt de drapeaux et de pancartes rouge-vif, beaucoup de vieilles profs aux cheveux teints de henné, de miltants génération-Mélenchon à la barbe grise, quelques ouvriers badgés Cgt, des jeunes, mais pas tant que ça : les étudiants sont en vacances, 2 ou 3 bonnets phrygiens (je ne sais rien de plus ridicule sauf peut-être le béret basque de l'instit militant occitan. Comment cette laide coiffure d'un peuple lointain et barbare a-t-elle pu servir de symbole de la France des Lumières ?). Emergent çà et là des balais qui rappellent ces affiches d'extrême-droite de Boulanger à Poujade où on voyait un homme du peuple aux manches retroussées sur des bras musclés nettoyant ainsi la France de ses chéquards, financiers apatrides et autres politiciens véreux. Je suis arrivé au bon moment : le lider maximo commençait son discours. Il a d'indéniables talents d'orateur : la phrase retombe bien, le ton est convaincu (sauf quand il entonne le péan de l'écologie, là c'est too much pour ce vieux marxiste productiviste), l'image est parfois convenue "les tentacules de la finance" mais les mots sont soigneusement choisis, un peu comme le faisait Le Pen "les Puissants" et leurs "manigances". Malheureusement il a le défaut de ses maîtres Castro ou Maduro, son discours est interminable et j'ai donc quitté la place.

Je tentai alors de rallier la Manif pour tous dans un lieu dont je n'étais pas sûr. Une blonde jeune fille sur un vélo où était fiché un drapeau tricolore me l'indiqua. Les drapeaux ici étaient d'un bleu ou rose un peu délavés et sentaient le combat perdu. Malgré tout, l'assemblée, des familles avec enfants, mais aussi beaucoup de jeunes, ne semblait pas découragée, chauffée par une sorte de DJ qui entre deux prises de parole diffusait de la musique de boîte et les faisait crier des slogans. La jeunesse basculerait-elle à droite comme elle l'a fait au début du siècle dernier quand les Camelots du roi occupaient la rue ? Non évidemment et qu'on arrête de nous faire peur avec ça. Ces bons jeunes gens et ces fraîches jeunes filles sont de jeunes bourgeois studieux et conformistes, qui n'ont certes pas grand chose à voir avec la jeunesse des "quartiers" mais ne veulent pas mettre la société à feu et à sang dans une sorte de "Crépuscule des dieux". Je n'ai d'ailleurs pas vu le FNJ ou les Identitaires qui étaient discrets ou absents. Ce que j'ai vu, en revanche, c'est un déploiement impressionnant de forces de police que ne justifiait guère le caractère pacifique de la foule même dans un quartier à ministères. A force de crier au danger que représente la Droite pour la démocratie, on finit par y croire...A ce propos il paraît que nos policiers ont été vexés d'être accusés d'avoir "gazé des enfants", accusation en effet grotesque mais qui leur rappelait peut-être de façon subliminale le rôle de la police parisienne dans la rafle des Juifs en 1942...J'ai quitté les lieux quand, après le discours embarrassé d'u avocat sur le recours devant le Conseil constitutionnel, on annonça un père de famille qui avait adopté 7 enfants "en France ou à l'étranger". Et dire qu'il y aura des couples homo qui seront peut-être aussi dingues !