Vous êtes chirurgien, donc vous gagnez beaucoup d'argent. Ce n'est pas encore assez et vous décidez d'exploiter la vanité humaine en vous lançant dans une branche de la chirurgie esthétique : l'implant de cheveux. Bingo ! Allez-vous laisser l'Etat se goinfrer et profiter de votre astuce ? Evidemment non, et en bon défenseur de votre patrimoine vous ouvrez un compte en Suisse. Entre temps vous engraissez la bête avec ce que vous versent des labos pour qui vous faites du lobbying (ça tombe bien vous avez été juste avant conseiller du ministre de la santé). Pas de quoi fouetter un chat. Pourtant, direz-vous, ce sont deux délits constitués. Oh, si peu ! Mettre son argent à l'abri du fisc en Suisse est plutôt un sujet de plaisanterie (relever dans les dessins humouristiques le nombre de capitalistes à gros cigare qui courent une valise débordant de billets à la main vers le sanctuaire helvète). Les "vrais gens" seraient même presque déçus si les Riches ne faisaient pas ça, ils leur paraitraient moins riches et pour ainsi dire d'une essence un peu inférieure, ils ne joueraient pas leur rôle social, trahiraient leur habitus. Du reste eux-mêmes à leur petit niveau fraudent aussi le fisc ou escroquent la Sécu, avec un petit frisson mais sans que leur conscience les torturent vraiment. Quant à profiter des fonctions qu'on a exercées pour s'en mettre un peu dans la poche, ça fait pour ainsi dire partie de la reconversion des dévoués serviteurs de l'Etat à la suite d'une alternance, et qui n'a jamais été vaniteux de son influence ou de son entregent leur jette la première pierre.

 Pour que cette affaire ait pris tant d'importance, est-ce donc le mensonge qui a choqué ? On voudrait le croire mais nous ne sommes pas anglo-saxons ou autres Scandinaves très chatouilleux là-dessus, rappelez-vous Clinton et sa blonde. La confession efface bien des choses chez nous autres catholiques. Tout le monde sait à quoi s'en tenir sur les promesses des candidats et le "regarde-moi dans les yeux" a autant de valeur que le "franchement" dont les zyvas émaillent leur langage. Ajoutons qu'il y a un discrédit général de la parole dans notre vie de tous les jours : le "je vous rappelle", les promesses d'artisans ou d'écoliers, la publicité...Il est vrai que la stratégie de Cahuzac, sa façon de s'enfoncer en niant ce qui devait fatalement arriver à la lumière a aggravé les choses. Ce fut une erreur fatale aux motivations peut-être inconscientes comme la "faute" de DSK, ou plus probablement due aux conseils de son âme damnée le "communiquant" Stéphane Fouques, soit que celui-ci ait travaillé pour l'adversaire, soit plus probablement qu'il ait manifesté là la prétention et l'ignorance des gens de son acabit.

Non, si les choses ont dérapé c'est que le contexte le permettait, c'est-à-dire la faiblesse et le discrédit du gouvernement. Celui-ci ne manque pas de gens de qualité (dont Cahuzac...) mais il semble dirigé par Doublepatte et Patachon. Les politiques nécessaires sont tout juste esquissées bien vite victimes des lobbies ou du clientélisme électoral. Chacun tire à hue et à dia, le premier ministre se fait grossièrement injurier par un de ses subordonnés et s'en vanterait presque ce qui n'assoira pas son autorité chancelante, le président face à l'affaire fait entre deux euh trois propositions creuses et tout à l'avenant. Résultat une affaire de cornecul risque de provoquer le retour de la Droite, mais n'est-ce pas ce que tout le monde souhaite ?...