Et voilà je suis de nouveau tombé amoureux  en voyant Happiness therapy. Jennifer Lawrence a réveillé en moi ce désir qu'une actrice soit à la ville la même que son personnage dans le film. Ainsi je peux rêver que je la rencontre et - soyons fou - qu'elle me séduit par sa beauté mais aussi par toutes les choses intelligentes que lui fait dire le réalisateur. Quand on est jeune et bête on ne voit dans le cinéma que le réalisateur, son style, sa mise en scène ,qu'on se complaît à analyser. Plus vieux on va à l'essentiel : la grâce, l'émotion, comme disait Ferdinand, et ce sont les actrices qui les créent. Cela n'a rien à voir avec une appréciation de leur talent, on est purement dans l'affectif et, bien sûr, cela ne joue pas pour les acteurs. D'ailleurs la plupart sont des brutes, des fats ou des maladroits... Jennifer Lawrence n'est pas une beauté parfaite (du reste personne ne me laisse plus froid que Deneuve ou ses pareilles) : elle a des yeux splendides mais un modelé de visage qui n'est pas classique, un beau corps (toujours vêtu : la comédie est "romantique") mais peut paraître un peu petite. Je l'avais vue naguère dans Winter's bone, un film  pas hollywoodien pour un sou sorti en France presque clandestinement. Elle y jouait une lycéenne chargée de famille dans un Sud misérable, sans pittoresque et hivernal. Toutes celles qui m'ont séduit avaient joué d'abord dans des films à la marge, ainsi Karin Viard ou Christine Pascal ou dans cette autre forme de marge que constituent les grands réalisateurs (je pense à la Sanda chez Visconti ou Bresson). Toutes avaient dans leur physique quelque chose qui accrochait, qui tranchait sur la banalité des starlettes interchangeables. Dans ce cinéma marginal leur personnage l'était aussi, ce qui suscitait l'intérêt. Dans Happiness therapy Jennifer Lawrence est une jeune veuve dépressive qui fait des efforts émouvants pour s'en sortir et on se dit que si on était à la place du bipolaire qu'elle drague...mais il n'y aurait pas de film...Toutes ont incarné des filles intelligentes, mal dans leur peau, provocatrices et amoureuses. Parfois la vie confirme qu'en effet elles étaient leur personnage. Christine Pascal s'est suicidée : les dindes ne se tuent pas. Ou elles disparaissent mystérieusement comme la Sanda (est-elle montée au ciel, a-t-elle été engloutie par l'enfer ?). Ou bien encore elles deviennent réalisatrices, mais là il faut faire un tri entre les tâcheronnes et celles qui sont douées pour cela aussi. Les deux soeurs Le Besco sont assez emblématiques de cette différence. L'une est d'une beauté conventionnelle et assez vulgaire, elle a tourné pour Lelouch ou Luc Besson et réalisé deux films raccoleurs. L'autre avec son magnifique visage d'Asiate blonde, à la fois angélique et sensuel, a joué dans les films de Benoît Jacquot et tourné Bas-fonds, film à la fois violent, sordide et pur qu'on n'est pas près d'oublier.