Marisol Touraine vient de promettre aux médecins débutants qui s'installeraient en zone sous-médicalisée (c'est-à-dire loin des ports de plaisance et des stations de ski) un revenu mensuel minimum de 4600€ et des broques, avec l'aide éventuelle de notre si généreuse Sécu qui mettra au bout. Les patients couverts par la CMU apprécieront, les jeunes toubibs encore plus. En effet ils bénéficieront des avantages du privé, un gros salaire, et de ceux du public, une absence totale de risque. A ce compte là ils auront vite fait leur pelote et vendront leur patientèle pour gagner des cieux plus cléments. Les remplaceront de jeunes confrères frais émoulus de la faculté. Un peu comme dans l'Education nationale les jeunes certifiés ou agrégés crapahutent dans les champs de betteraves ou les cités en déshérence avant d'enseigner dans les beaux quartiers ou d'aller "viure al païs" quand ils ont pris de la bouteille. Cette ministre semble une sorte de Montebourg en jupons : on commence par aboyer qu'on va voir ce qu'on va voir, que les privilèges c'est fini, que les spécialistes qui s'en mettent plein les poches vont rendre gorge, et au bout du compte on entérine des dépassements qui finiront par ruiner les mutuelles et on offre un pont d'or à de jeunes médecins qui n'en demandaient pas tant, encore pétris d'idéal (rires). L'accord signé avec le ministère offre un cadre tellement souple qu'on peut être sûr que les cyniques en profiteront et que le cochon paiera.

  Pourtant il faudrait être logique. Si la santé est un droit au même titre que le logement, l'éducation, la sécurité, que l'Etat prenne ses responsabilités et offre aux citoyens le matériel et le personnel qui leur permettront d'y accéder. En autres termes qu'on fonctionnarise les médecins ce qui lui permettra au moins de les répartir sur le territoire en fonction des besoins de la population. Ceux-ci, qui s'en plaignent souvent à juste titre, travailleront moins.  On a coutume de brandir contre ce choix les ratages du NHS britannique. Et nous, pouvons-nous être si fiers des performances de notre médecine avec notre consommation de médicaments la plus élevée du Monde ou peu s'en faut ? Comme les Anglais laissons aussi se développer un secteur libre où la concurrence jouera et évitera la concentration de praticiens. Médecine à 2 vitesse ? Certes, mais ne l'avons-nous pas déjà ? Malheureusement le lobby est puissant et on se demande parfois si le gouvernement ne croit pas encore à une supposée influence électorale d'une profession qui a perdu beaucoup de son prestige. En tout cas la dernière mesure de la ministre montre sa faiblesse. On se demande vraiment pourquoi tant de médecins écument quand ils parlent des socialistes.