Le débat est relancé sur le désert médical français (en gros tout ce qui n'est pas Paris ni la Côte d'azur), les dépassements d'honoraires et notre précieuse santé. Sur tout cela les salles d'attente des médecins disent au moins autant que les Livres blancs ou noirs.

Elles baignaient autrefois dans une douce pénombre entretenue par de lourds rideaux. Moulures au plafond, cheminée de marbre surmontée d'un miroir, le long des murs des bibliothèques remplies de livres reliés ou d'éditions récentes dont on sentait qu'elles avaient été lues, quelques gravures. Assis dans des fauteuils en faux Louis XV ou sur des chaises Empire, les patients feuilletaient "Paris-Match" (qui n'était pas encore pipole) ou "Jours de France" auquel Dassault abonnait gratuitement tous les praticiens. On trouvait aussi "Historia" ou "Lectures pour tous". Si on parlait, c'était en chuchotant et il n'aurait pas fallu que les enfants bronchassent. Grand respect pour le lieu et l'homme.

Aujourd'hui du sous-Ikea qui allie l'inconfort à la laideur, un éclairage violent, des reproductions à 2 balles de tableaux abstraits, souvent une télé qui diffuse en boucle des niaiseries ou un dégueulis de musak digne d'une grande surface, sur la table basse (25€ en promo) des revues pipoles fatiguées et des magazines de vulgarisation économique ou informatique. Pour s'asseoir on slalome entre les jouets pour enfants et les albums de bd qu'ils n'ont pas ramassés. Plutôt que de la surveiller chacun engueule sa progéniture au grand dam du lecteur venu avec son manger.

Sur les patients, c'est-à-dire nous tous (ou presque : les exclus vont aux urgences) on n'apprend rien qu'on ne savait : parents démissionnaires, pregnance de l'audiovisuel et de la presse trash. Mais apparaît en creux le statut du médecin. Il s'est prolétarisé, économiquement peut-être, mais surtout socialement. Fini cet ancrage dans le temps et la bourgeoisie que donnaient des générations de médecins dans une famille. Concuremment il y a un appauvrissement culturel : il lit à peu près ce que lisent ses patients, se gave aussi de télé, n'a plus aucun souci du Beau. De fait c'est devenu un simple technicien avec ses attributs, ordinateur, prescriptions automatiques, absence de cette empathie que développait la culture humaniste (que sont les médecins hellénistes devenus ?..). Il en perd tout prestige, ce prestige que marquaient le bureau Empire et l'ordonnance rédigée au stylo "Mont-blanc" avec cette fameuse écriture illisible des médecins qui impressionnait comme leur latin au temps de Molière.