La lutte contre le nouvel aéroport de Nantes commence à faire un peu de bruit et on le compare souvent à celui des paysans du Larzac dans les années 70. Il y a, certes, des similitudes. Dans les deux cas l'Etat veut exproprier des paysans en activité et ceux-ci reçoivent le soutien de jeunes militants libertaires qui les aident à occuper les terres. La lutte est un mélange de recours judiciaires et de guerilla sur le terrain contre les forces de l'ordre et les opposants essaient de mobiliser une opinion publique qui dans les premiers temps semble peu concernée.                                                                        En fait il y a d'énormes différences et si les paysans du Causse ont gagné on ne peut être que pessimiste pour ceux du bocage. Question d'époque d'abord. Le combat des premiers a eu lieu sous Pompidou et Giscard, c'était la France de la douceur de vivre et le peuple pouvait s'intéresser à une lutte dans une large mesure symbolique. Ce ne peut plus être le cas dans un pays en crise et frappé par le chômage, il s'agit maintenant d'étreindre la dure réalité. Ces paysans furent soutenus, même s'il leur a fallu du temps, par les partis de gauche. Maintenant Gauche et Droite soutiennent le projet (Economie, combien de crimes on commet en ton nom !) et les écolos qui devraient s'y opposer ne veulent surtout pas perdre leurs places où ils se gonflent d'importance. Au niveau du symbolique aussi les paysans de l'Ouest souffrent d'un fort déficit. Sur le Larzac on se battait pour le roquefort, qui avec le camembert est une des plus fortes images de la franchouillardise. Rien de tel en Loire-Atlantique, département sans identité et sans "spécialité". D'autre part dans les années 70 nous étions en plein combat régionaliste et la lutte des paysans fut rapidement identifiée à celle de l'Occitanie (ce sous-ensemble flou) soutenue par d'autres "indépendantistes : les drapeaux bretons fleurissaient sur le Causse. On n'en a pas vu beaucoup sur le site de NDDL, tout ça est passé de mode. Du reste pas grand monde se sent breton en Loire-Atlantique. Pas de référence non plus à la Chouannerie voisine alors que les deux adversaires et leur forme de lutte sont les mêmes. Mais la différence fondamentale est que les paysans de 2012 vont perdre car le rapport de force leur est extrêmement défavorable. Leurs prédécesseurs s'attaquaient à une institution dévalorisée, l'Armée, qui ne s'était pas remise des defaites coloniales et se sentait inutile. Le pouvoir civil la méprisait même s'il ne le montrait pas (quelles avanies ne lui fit-il pas subir en Algérie !) et il préféra céder devant l'opinion publique. En 2012 c'est vraiment le pot de terre contre le pot de fer : une poignée de paysans affrontent le pouvoir quasi absolu des satrapes (dont un est devenu vizir et a l'oreille du calife). Oser s'attaquer aux "régions", il y en a qui ne doutent de rien ! C'est à qui, pour guérir son complexe de provincial, construira le siège du Conseil le plus grand avec l'architecte le plus célèbre, à qui fera les travaux les plus pharaoniques dans sa "capitale" (Frèche n'était pas le seul dingue), à qui équipera sa région bien au-delà de ses besoins (voir l'Espagne), persuadé que le Monde entier a les yeux sur elle. Or si Nantes a eu une importance internationale c'était grâce à la Traite au 18ème siècle. On ne va pas quand-même recommencer, ça ne ferait pas plaisir à Taubira. Et pour tout ça on réclame à cor et à cri de l'argent au gouvernement. Où est le bon temps où les états de province offraient de l'argent au roi ?...Pauvres croquants bretons, si on vous prend votre outil de travail vous pourrez toujours vous engager dans les CRS.