Quelques heures de printemps  n'est peut-être pas un si bon film que ça. Son gros défaut est que tout y fait signe de façon si appuyée que l'émotion ne parvient pas à naître. C'est flagrant dans le jeu des acteurs d'abord. La mère, bourgeoise coincée de La vie est un long fleuve tranquille, a pris des rides et changé de classe sociale, mais en rajoute dans le coinçage, les lèvres pincées et le regard perdu. Vincent Lindon se laisse aller complètement à son goût pour les personnages mutiques et l'expression  de la souffrance rentrée. Ce qui fonctionnait parfaitement dans Mademoiselle Chambon ne passe plus ici. Trop c'est trop. Cet excès de signe affecte aussi le décor, les autres personnages et leur milieu. Les maisons acquises par ces ouvriers après des années de labeur à une époque où il y avait du travail pourraient servir de maisons-témoins : il n'y manque ni une statuette de Bambi sur le buffet en faux rustique ni un carreau de moche faïence dans la cuisine. Chez eux la télé marche en permanence et les hommes ont toujours une bière à la main. Un copain du héros, obèse, a baptisé son fils Enzo. Tout est tellement "vrai" que ça en devient faux. Le réalisateur a ménagé quelques moments de respiration : la mère, assise seule à sa table de cuisine, qui pense à sa mort les yeux dans le vague ou la promenade des deux amants dans la campagne bourguignonne (il faut bien, le film s'est fait "avec l'aide de la région Bourgogne"), mais c'est gâché par un petit air de piano mélancolique .

  Paradoxalement le film est sauvé par ce qui devrait le plomber : son message. Il est bon qu'à un moment où on s'apprête à légiférer de nouveau sur le sujet quelqu'un nous rappelle qu'il y a une alternative aux soins palliatifs. La mère fait son choix de mort d'une façon toute simple et pour ainsi dire naturelle et cette mort sera douce dans la maison suisse où on l'accueille. Chez nous aussi on doit pouvoir mourir dans la dignité.